« Le bénévole »
Le
bénévole (activus bénévolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout
dans les associations où il peut se réunir avec ses congénères : ils se
rassemblent à un signal mystérieux appelé « convocation ». On les
rencontre souvent en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le
soir, l’œil hagard, le teint blafard, discutant ferme sur la meilleure façon
d’animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour
boucler son budget.
L’ennemi
héréditaire du bénévole est le « Y’a qu’a » dont les origines n’ont
pu être déterminées : le « yaqua » est aussi un mammifère
bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui
permet de connaître que deux mots « Y’a qu’a » ce qui explique son
nom.
Le
« yaqua » attend ! Il attend le moment où le bénévole fera une
erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire
et provoquera chez lui une maladie très grave appelée « le
découragement ». Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont
visibles rapidement : absences de plus en plus fréquentes aux réunions,
intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche et
attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et la télévision sur le
sujet atteint.
Les
bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas
impossible que dans quelques années, on rencontre cette espèce uniquement dans
les zoos où comme ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent pas à se
reproduire.
Les
« yaqua » avec leurs petits cerveaux et leurs grandes langues
viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront
avec nostalgie du passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on
pouvait le traquer sans contrainte.
La sentence
Tout homme qui dirige, qui fait quelque
chose, a contre lui : ceux qui voudrait faire la même chose, ceux qui font
précisément le contraire, et surtout, la grande armée des gens d’autant plus
sévères qu’ils ne font rien du tout.
